L'avenir connecté de la recherche océanographique

Crédit photo / CAMPAC
25 février 2026
Le succès des sciences océaniques modernes dépend de plus en plus de la solidité de ses liens.
Par Eduardo Camara

Les défis actuels, tels que l'impact croissant des déchets plastiques en mer, poussent les chercheurs, les acteurs du secteur privé et les collectivités à dépasser le stade des projets isolés pour s'orienter vers une collaboration plus coordonnée et à long terme. De plus en plus, les progrès ne dépendent pas seulement de l'innovation, mais aussi de l'efficacité avec laquelle les personnes et les organisations travaillent ensemble.

Partout au Canada, les communautés de pratique (CoP) contribuent à rendre cette transition possible. Ces réseaux rassemblent l’expertise des communautés et organisations autochtones, du monde universitaire, du secteur privé, des pouvoirs publics et des associations à but non lucratif, créant ainsi des espaces structurés propices à l’apprentissage partagé, à la coordination des ressources et à l’action collective. Plutôt que de repartir de zéro à chaque nouvelle initiative, les experts des océans assurent une continuité grâce à une collaboration permanente.

Grâce au soutien de MEOPAR, ces communautés de pratique renforcent leur capacité à collaborer au-delà des frontières régionales et des disciplines, tout en conservant leur autonomie et leur orientation propres. Pour mieux comprendre comment ce modèle prend forme, nous nous sommes entretenus avec la responsable de l’initiative « CdP » du Réseau canadien de recherche et d’éducation en cartographie océanographique (COMREN) et la coordinatrice de l’initiative «Canadian Marine Plastic Action and Collaboration» (CAMPAC), CdP.

COMREN : De la fondation à la plateforme nationale

Alors que certains communautés de pratique financées par le MEOPAR en sont encore à leurs débuts, le Réseau canadien de recherche et d’éducation en cartographie océanographique (COMREN) est un véritable modèle de longévité et d’évolution. Bien qu’il fonctionne depuis 2021 en tant qu’ CdP soutenu par le MEOPAR, les racines de ce groupe sont bien plus anciennes. «Je viens de réaliser que le COMREN, en tant que groupe de personnes qui savaient qu’elles voulaient travailler ensemble pour mener à bien un projet au Canada, existe désormais depuis 10 ans», a déclaré le Dr Ian Church, maître de conférences au département de géodésie et de génie géomatique de l’Université du Nouveau-Brunswick, et responsable du COMREN. 

Pendant des années, le groupe a fonctionné de manière informelle, animé par la conviction qu’il pouvait accomplir davantage ensemble qu’en tant que chercheurs individuels, mais il lui manquait un mécanisme permettant de soutenir la collaboration interinstitutionnelle entre universités, établissements d’enseignement supérieur, associations à but non lucratif et organismes publics. Le modèle de l’ CdP a apporté cette structure qui faisait défaut, permettant ainsi au COMREN de passer d’un simple regroupement informel de pairs à une communauté reconnue à l’échelle internationale. 

La dernière fois que nous nous sommes entretenus avec le Dr Ian Church, il y a près de un an, COMREN jetait les bases de la cartographie marine au Canada. Depuis lors, la communauté s’est transformée en un écosystème dynamique d’apprentissage collaboratif et de coordination des ressources de haute technologie. Cet engagement envers la prochaine génération se concrétise par des initiatives communautaires telles que le [défi de cartographie étudiant 2026], ainsi que par le financement des déplacements des étudiants pour assister à de grandes conférences, garantissant ainsi que «ceux qui souhaitent recruter et ceux qui souhaitent être recrutés se retrouvent au même moment lors d’un même événement», a souligné M. Church. Pour soutenir cette recherche et cette formation, COMREN s’attache parallèlement à réduire les obstacles grâce à un modèle de « partage des ressources » visant à coordonner une base de données pour le partage d’équipements coûteux. Ces voies durables ont ouvert la voie à de nouveaux communautés de pratique (CoP) financées par le MEOPAR telles que CAMPAC, de transformer leurs propres initiatives régionales en mouvements nationaux.

« Je viens de réaliser que COMREN, ce groupe de personnes qui savaient que nous voulions travailler ensemble pour mener à bien un projet au Canada, existe désormais depuis 10 ans, »

Le Dr Ian Church, maître de conférences au département de géodésie et de génie géomatique de l'Université du Nouveau-Brunswick, et responsable du projet COMREN

CAMPAC : Renforcer l'action grâce à la collaboration côtière

Si le COMREN offre un modèle de pérennité, la nouvelle organisation Canadian Marine Plastic Action and Collaboration (CAMPAC)CdP illustre la capacité à transposer les réussites régionales à l’échelle nationale. Coordonné par Kelly Mackarous, responsable du programme côtier et marin chez Coastal Action, le CAMPAC a été créé pour combler une lacune majeure dans le domaine de la recherche sur les plastiques marins : la nécessité d’une approche unifiée reliant les données locales aux politiques nationales.

Cette communauté s’est développée à partir des fondements du Groupe de travail sur les microplastiques du Canada atlantique, créé en 2019. Sa transformation en une « CdP » nationale permet au groupe de combler des lacunes qui existaient auparavant, notamment en mettant en relation les chercheurs qui étudient les microplastiques dans l’Arctique avec des associations locales côtières et des partenaires industriels à travers le pays. L’objectif de cette communauté de pratique est de « renforcer la collaboration nationale grâce au partage des connaissances et coordonner l’action entre les chercheurs, les praticiens, les partenaires industriels, les décideurs politiques et les communautés,» a expliqué Kelly Mackarous.

Alors que la fin du cycle de financement triennal actuel approche, Kelly Mackarous a défini la « grande réussite » ultime du réseau comme le passage de la recherche à une influence à l'échelle nationale. Concernant cet objectif à long terme, elle a déclaré :

«« D’ici trois ans, [CAMPAC vise à être] davantage reconnu à l’échelle nationale comme un acteur influent dans l’élaboration des politiques et les changements potentiels. L’objectif ultime serait que la communauté de pratique elle-même devienne un formidable pôle de connaissances et de ressources pouvant être mises à profit dans l’élaboration future des politiques ou dans la mise en œuvre d’actions».

La force du réseau : pourquoi nous rejoindre ?

Pour de nombreux professionnels et bénévoles du secteur océanographique, l’idée de rejoindre « un autre réseau » peut sembler alourdir un emploi du temps déjà bien rempli. Cependant, le Dr Ian Church et Kelly Mackarous ont tous deux souligné que le retour sur investissement était immédiat, ce qui permettait d’accroître considérablement la portée et l’efficacité des participants.

En offrant une plateforme de collaboration, les communautés de pratique (CoP) garantissent qu’aucun participant n’ait à faire face seul à des contraintes techniques ou systémiques. Le modèle « CdP » fournit une infrastructure essentielle, notamment une communication régulière, des coordinateurs dédiés et des protocoles de partage des données, ce qui permet à la science d’avancer plus vite et d’aller plus loin. Il transforme l’expertise individuelle en un puissant moteur collectif de découverte. En fin de compte, cette collaboration systémique permet aux experts océanographiques d’aller plus loin qu’ils ne pourraient jamais le faire seuls. Comme l’a souligné Kelly Mackarous : «tant que l’on ne travaille pas en collaboration, on ne progresse pas autant qu’on le pourrait».

Perspectives d'avenir

Alors que MEOPAR apporte son soutien à cette nouvelle promotion de 13 communautés de pratique (CoP), l’objectif est clair : favoriser un écosystème collaboratif aussi interconnecté que les océans eux-mêmes. Qu’il s’agisse de cartographier les fonds marins ou de retirer les déchets plastiques de nos eaux, les communautés de pratique démontrent que nous sommes plus efficaces et avons un impact plus important lorsque nous travaillons ensemble.

MEOPAR invite les chercheurs et les membres de la communauté, toutes disciplines confondues, à s'impliquer dans les communautés de pratique (CoP) existantes. Découvrez comment le partage des ressources et la science collaborative peuvent renforcer votre impact. Pour en savoir plus sur les CoP financées par MEOPAR entre 2025 et 2028, rendez-vous sur notre site web.

Pour en savoir plus sur COMREN, rendez-vous sur oceanmapping.ca. Pour vous impliquer au sein de CAMPAC, contactez-nous à l'adresse campac@coastalaction.org ou rendez-vous sur leur site web.

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