Quand la mer devient trop bruyante pour les épaulards

Crédit photo : Janine McNeilly. Un épaulard résident du Sud fait surface dans la zone de restriction de navigation de Pender à l’occasion de la Journée mondiale des épaulards, en juillet 2025.
19 juin 2026

Les épaulards résidents du Sud, une espèce en danger critique d’extinction, sont confrontés à une menace grandissante : une mer des Salish, dans le Nord-Ouest Pacifique, de plus en plus bruyante.

Rédigé par Laura-Maria Martinez (MEOPAR), le 22 juin 2026
Adapté de la publication originale de l’organisation Raincoast Conservation Foundation

Les épaulards résidents du Sud vivent dans l’une des zones océaniques les plus bruyantes de la côte pacifique. Au sein de cette région, le détroit de Boundary Pass et le détroit de Haro, des voies navigables essentielles de la mer des Salish et un habitat clé pour les épaulards, constituent la principale voie d’accès maritime vers et depuis le port de Vancouver, l’un des ports les plus grands et les plus fréquentés du Canada. Chaque cargo, pétrolier, traversier et bateau de plaisance qui traverse ces eaux contribue à créer un paysage sonore sous-marin dans lequel les épaulards doivent s’orienter pour trouver de la nourriture, communiquer avec les membres de leur famille et survivre.

« Nous savons depuis des années quele bruit sous-marinconstitue un problème pour les épaulards. Ce qui nous manquait jusqu’à présent, c’était une vision détaillée, sur une période de dix ans, de l’ampleur des changements survenus, ainsi qu’une évaluation rigoureuse permettant de déterminer si les mesures de gestion actuelles ont un impact », a expliqué la Dre Valeria Vergara, qui dirige le programme de recherche sur la conservation des cétacés de Raincoast.

Suivi des changements acoustiques

Des données acoustiques sous-marines ont été recueillies à partir de deux hydrophones déployés à des emplacements stratégiques au sein de l’habitat des épaulards dans la mer des Salish. La Saturna Island Marine Research and Education Society (SIMRES) exploite un hydrophone au large de Monarch Head, sur l’île de Saturna, depuis 2014, et la Raincoast Conservation Foundation a déployé un hydrophone au large de Wallace Point, sur l’île de Pender, en octobre 2023. Ces deux microphones sous-marins sont situés directement à l’intérieur ou à proximité des zones de restriction de navigation de Pender et de Saturna, dans la mer des Salish. Il s’agit de zones désignées où la circulation des navires est ralentie ou restreinte de manière saisonnière afin de réduire le bruit sous-marin et de protéger les épaulards résidents du Sud, une espèce menacée.

La Dre Valeria Vergara et le Dr Lance Barrett-Lennard, directeur(-trice)s du programme de recherche sur la conservation des cétacés chez Raincoast, préparent l’hydrophone de Pender en vue de son déploiement. Photo de Alex Harris.
La Dre Valeria Vergara et le Dr Lance Barrett-Lennard, directeur(-trice)s du programme de recherche sur la conservation des cétacés chez Raincoast, préparent l’hydrophone de Pender en vue de son déploiement. Photo de Alex Harris.

L'analyse acoustique, menée parSoundSpace Analytics,a comparé les niveaux de bruit sous-marin en 2017, 2023 et 2025 à l’aide de différents indicateurs. L’un des indicateurs clés, la « réduction de l’espace d’écoute », estime la part de l’habitat acoustique des épaulards qui est bloquée par le bruit des navires à un moment donné, tandis que le « temps de calme » mesure les rares moments où les épaulards peuvent communiquer sans interférence.

Les épaulards : perdus dans le bruit

« Ces résultats donnent à réfléchir », a affirmé la Dre Vergara. Entre 2017 et 2025, l’environnement acoustique de la mer des Salish s’est détérioré de manière brutale et constante. Le trafic maritime a augmenté de plus de 30 %.

« Mais ce n’est pas seulement le nombre de navires qui compte, le type de trafic est tout aussi important », a déclaré Janine McNeilly, première autrice du rapport technique de Raincoast intitulé « NoiseTracker : Suivi du bruit des navires et de ses implications pour les épaulards résidents du Sud de la mer des Salish ». Les sorties de bateaux de plaisance ont presque triplé au cours de la même période, tandis que le trafic des pétroliers, ces grands navires transportant des cargaisons liquides, a plus que doublé.

Un bateau de plaisance traverse la zone d'accès restreint de Pender. Photo : Janine McNeilly
Une embarcation de plaisance navigue à travers la zone de restriction de navigation de Pender. Photo de Janine McNeilly.

Il a été constaté que la plupart des navires de passage submergeaient complètement les fréquences de communication des épaulards, portant la « réduction de l’espace d’écoute » à 100 %. « Pendant ces passages, l’espace acoustique des épaulards a été brièvement réduit à néant », a précisé Janine McNeilly. Ces résultats suggèrent que les mesures de gestion actuelles, y compris les zones d’accès restreint aux navires, ne sont pas suffisantes pour faire face à la charge acoustique cumulative à laquelle ces épaulards sont confrontés dans l’ensemble de leur habitat et tout au long de l’année.

Selon le rapport, plusieurs facteurs limitent probablement l’efficacité des zones d’accès restreint aux navires. Ces zones sont saisonnières, ne fonctionnant que de juin à novembre et laissant ainsi une grande partie de l’année sans protection ; leurs limites fixes ne correspondent pas toujours aux zones de présence des épaulards ; et leur respect par les navires non commerciaux est irrégulier. De plus, ces zones sont suffisamment étroites pour que les épaulards qui s’y trouvent puissent encore être exposés au bruit des navires opérant juste à l’extérieur de leurs limites.

Dans l’ensemble, les conclusions du rapport mènent à une conclusion claire : l’environnement acoustique dans l’habitat critique des épaulards se dégrade, et les mesures actuelles ne suffisent pas à inverser cette tendance. « Cela ne signifie pas qu’il n’y a rien à faire », a déclaré la Dre Vergara, qui a obtenu une subvention du réseau MEOPAR en 2025 pour mettre en œuvre les conclusions de ce projet.

Des solutions existent encore

Par exemple, les zones où les bateaux doivent ralentir pourraient être étendues, et des limites pourraient être fixées quant au niveau sonore autorisé pour les grands navires commerciaux. Les zones de restriction de navigation pourraient également être redéfinies afin de mieux protéger les principales zones d’alimentation des épaulards, avec une application plus stricte des règles pour garantir leur respect.

Les épaulards dépendent du son pour pratiquement tous les aspects de leur vie : trouver de la nourriture, maintenir les liens familiaux et s’orienter dans leur environnement. « Le minimum que nous puissions faire est de comprendre ce que nous leur enlevons, et d’agir en fonction de ce que nous savons », ont convenu les deux scientifiques de Raincoast, auteur(-trice)s du rapport financé par le réseau MEOPAR.

Pour explorer l’univers acoustique des mammifères marins, et découvrir ce qui se perd lorsqu’il devient trop bruyant, rendez-vous sur la plateforme éducative NoiseTracker. Créée par Raincoast, elle propose une immersion captivante dans les sons des épaulards et de leur environnement sous-marin.

Les orques de la population résidente du Sud. Photo de Janine McNeilly
Un groupe d’épaulards résidents du Sud progresse en formation compacte lors de son passage dans la zone de restriction de navigation de Pender. Photo de Janine McNeilly.

Liens clés

Article complet : Une mer des Salish plus bruyante : de nouvelles recherches et une plateforme éducative publique documentent la crise acoustique à laquelle sont confrontées les épaulards résidents du Sud | Raincoast

Rapport technique : NoiseTracker : Suivi du bruit des navires et de ses implications pour les épaulards résidents du Sud de la mer des Salish | Raincoast

Pôle éducatif : Section 1. Qu'est-ce que le son ? | Raincoast

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