Explorer les forêts de varech grâce à la réalité virtuelle

Brian Timmer, plongeur en chef de l'initiative « Kelp Rescue », examine un varech géant (Macrocystis pyrifera) sur un site d'étude situé près du Centre des sciences marines de Bamfield. Crédit photo : Rosie Poirier
28, octobre, 2026
Par Laura-Maria Martinez (réseau MEOPAR)

Les forêts de varech comptent parmi les écosystèmes les plus productifs et les plus précieux de l’océan. Elles abritent la vie marine, soutiennent la pêche et séquestrent le carbone. Pourtant, elles disparaissent rapidement, le changement climatique constituant leur principale menace. Notre spécialiste en communication, Rosie Poirier, a rejoint une équipe de plongeurs et plongeuses chargée d’étudier et de restaurer les forêts de varech. Appareil photo à la main, elle a suivi l’équipe qui, grâce au soutien du Fonds de mobilisation des connaissances du réseau MEOPAR, a réalisé des vidéos sous-marines immersives à 360° afin de présenter son travail au grand public. 

Après quatre heures de route depuis Victoria, Rosie est arrivée au Centre des sciences marines de Bamfield (BMSC), sur le territoire traditionnel des Premières Nations Huu-ay-aht, sur la côte ouest à l’extrémité de l’île de Vancouver. Elle y a rencontré l’équipe de l’initiative Kelp Rescue, un programme du BMSC dédié à la recherche, à la protection et à la restauration des forêts de varech en déclin à travers la Colombie-Britannique.

« Nous savions tous que nous perdions des forêts de varech sur notre littoral ici en Colombie-Britannique et tout le monde voulait agir. […] Nous avons donc lancé l’initiative Kelp Rescue dans le but de trouver des solutions fondées sur la science pour améliorer et restaurer nos forêts de varech », a expliqué Brian Timmer, chercheur au sein de cette organisation à but non lucratif.

Moins de deux heures après son arrivée, Rosie était déjà à bord d’un bateau avec l’équipe. L’air frais de cette fin octobre rappelait que l’hiver approchait. Hannah Schriber, responsable de la sécurité de la plongée au BMSC, a briefé l’équipe avant leur plongée de vérification.

Toutes les photos ont été prises par Rosie Poirier.

Jasmin Shuster, responsable du projet sur les Forêts de varech virtuelles, qui propose des vidéos sous-marines immersives à 360° tournées lors de cette expédition de plusieurs jours, a réussi sa plongée d'évaluation.

Bien que la première journée ait été un succès, les conditions météorologiques défavorables des deux jours suivants ont contraint l’équipe à rester à terre. Une bonne occasion pour Rosie d’en apprendre davantage sur les forêts de varech.

Enfin, le vent s’est calmé, et Rosie était de retour sur l’eau avec l’équipe de plongée. Kelly Lavoie, capitaine du BMSC, et Brian Timmer, plongeur en chef, ont passé en revue le programme de la journée : prélever des échantillons de varech, récupérer des bouées sur les sites de restauration en cours et réaliser des prises de vue sous-marines à 360°.

Enfin, le vent s'est calmé, et Rosie a pu reprendre la mer avec l'équipe de plongée. Kelly Lavoie, skipper du BMSC, et Brian Timmer, chef de plongée, ont passé en revue le programme de la journée : prélever des échantillons de varech, récupérer des bouées sur les sites de restauration en cours et réaliser des prises de vue sous-marines à 360°.

Après 20 minutes de trajet en bateau jusqu’au premier site, les plongeurs et plongeuses se sont préparés à plonger, enfilant leur équipement avant de se jeter à l’eau en roulant sur le dos depuis le navire de recherche.

Au cours de la dernière plongée de la journée, Brian Timmer a filmé à 360° une forêt de varech géant. Rosie a nagé en apnée à ses côtés et a pris quelques photos et vidéos du chercheur au travail.

De retour au quai du BMSC, Matt Bakken, technicien de recherche sur le terrain, a inspecté les frondes de varech géant à la recherche de spores reproductrices, première étape pour produire de nouveaux varechs et favoriser la régénération de la forêt. 

L’initiative « Kelp Rescue » vise à simplifier les aspects techniques du travail afin de pouvoir partager ces connaissances avec les communautés côtières et les Premières Nations. Ainsi, « si d’autres souhaitent restaurer des forêts de varech sur leurs propres territoires ou dans leur arrière-cours, ils disposeront des outils, des connaissances et des ressources nécessaires pour y parvenir », a expliqué Brian Timmer, qui est également doctorant à l'université de Victoria.

Faire découvrir au grand public l’univers des forêts de varech

À partir des superbes séquences vidéo tournées par les plongeurs et plongeuses, Jasmin Schuster, lauréate du réseau MEOPAR, a créé des vidéos sous-marines à 360° de haute qualité mettant en valeur des forêts de varech en bonne santé, des zones dévastées par les oursins et des sites de restauration de varech. Elle a ensuite proposé cette expérience immersive au grand public grâce à des casques de réalité virtuelle, permettant ainsi aux spectateur(-trice)s de vivre la sensation de plonger au cœur d’une forêt de varech.

Des alevins de hareng nagent au milieu d’une forêt de varech géant sur l’un des sites d’étude situés près du Centre des sciences marines de Bamfield.

Le projet a touché plus de 1 250 personnes grâce à plus de 30 événements et ateliers de mobilisation des connaissances organisés à travers l’île de Vancouver. « Les enfants ont adoré l’expérience de réalité virtuelle. La salle était remplie de rires et d’enthousiasme. […] [Cela a permis] aux enfants de découvrir l’environnement sous-marin qui se trouve à leur porte et que beaucoup n’ont pas la chance de découvrir », a déclaré Ryan Salter, de l’Association for Denman Island Marine Stewardship. Des plongées en réalité virtuelle ont également été proposées aux aîné(e)s autochtones, leur offrant ainsi l’occasion de renouer avec les paysages submergés de leurs territoires traditionnels.

« La mobilisation des connaissances est vraiment importante car, en tant que scientifiques, nous posons constamment des questions, nous trouvons des solutions, mais ensuite nous gardons [la plupart du temps] cela en interne », a expliqué Brian Timmer. « Si nous ne partageons pas réellement ces solutions avec le grand public […], alors à quoi bon faire toute cette recherche scientifique ? », s’est interrogé Brian, qui a récemment participé à la Journée de la terre et de l’eau de sa Première Nation, où des jeunes et des Aînés ont exploré virtuellement des forêts de varech à l’aide des casques.

Fatiguée mais la tête pleine de merveilleux souvenirs et d’images saisissantes, Rosie a pris le chemin du retour, prête à partager cette histoire inspirante avec le réseau MEOPAR.

EN COMPLÉMENT – Unir nos efforts pour protéger les forêts de varech à travers le Canada

Dans le cadre de son programme de CdP, le réseau MEOPAR finance la CdP de l’Alliance nationale d’apprentissage et de pratique des écosystèmes de varech (NKELPA) pour la période 2025-2028. Dirigé par Margot Hessing-Lewis, du Centre des sciences marines de Bamfield, et Aaron Eger, de la Kelp Forest Alliance, ce réseau compte également Brian Timmer parmi ses membres.

« Le Canada n’a jamais vraiment eu une vision commune de ce à quoi ressemblaient les forêts de varech sur ses [trois] côtes. La côte Pacifique faisait un excellent travail, tout comme l’Arctique et l’Atlantique. Mais les personnes travaillant sur ces trois côtes ne communiquaient pas vraiment entre elles d’une manière susceptible de faire progresser la conservation des forêts de varech à l’échelle nationale », a expliqué Hannah Solway, coordinatrice de la CdP NKELPA.

« Grâce à cette CdP, nous avons pu relier l’Arctique, l’Atlantique et le Pacifique. Les personnes travaillant sur le varech se rencontrent pour la première fois et partagent leurs méthodes, leurs recherches, ainsi que les derniers articles et résultats issus de leurs travaux. Cela crée un espace propice à l’émergence de nouvelles idées et à la mise en place de collaborations », a affirmé la coordinatrice de la CdP.

Le réseau MEOPAR soutient également plusieurs autres projets liés au varech, dont les responsables ont rejoint la CdP NKELPA. Restez à l’écoute pour découvrir d’autres articles sur la recherche, la restauration et la sensibilisation au varech !

Projets financés par le réseau MEOPAR sur le varech
• Forêts de varech virtuelles : des voyages virtuels immersifs qui inspirent des responsabilités inclusives pour la transformation et la durabilité des zones côtières (KMF 2025-2026, dirigé par Jasmin Shuster, Kelp Rescue Initiative)
• CdP de l’Alliance nationale pour l’apprentissage et la pratique des écosystèmes de varech (NKELPA) (CdP 2025-2028 ; dirigée par Margot Hessing-Lewis du Centre des sciences marines de Bamfield et Aaron Eger, de l’Alliance Kelp Forest)
• Documentaire sur la forêt de varech ƛaʔuukʷiʔatḥ (KMF 2026-2027 ; dirigé par Mandala Smulders, de la Redd Fish Restoration Society)
• Jardinage de varech : concevoir conjointement des projets de recherche pour soutenir des forêts de varech résilientes au changement climatique en faisant le pont entre les sciences autochtones et occidentales (Fonds en recherche communautaire 2026-2027 ; dirigé par Anne Salomon, de l’université Simon Fraser, et Káníɫkás Desiree Lawson, de Haíɫzaqv Climate Action)
• Un cadre décentralisé de biobanques pour permettre la conservation et la culture de l'algue rouge (Pyropia) et du varech sucré (Saccharina latissima) en Colombie-Britannique (ECR 2026-2028 ; dirigé par Logan Zeinert, North Island College)

Vous souhaitez découvrir les dernières recherches et données sur l'état des forêts de kelp à travers le monde ? Consultez le rapport « État des forêts de kelp dans le monde 2026 » publié par la Kelp Forest Alliance.

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